La Voie de Gaïa

Quelques lignes d'un grimoire païen, un cheminement de lumière au milieu des papillons...


Expérimenter le Silence
27 octobre 2015

Il y a pratiquement un an, je parlais pour le projet Sylphe de mon envie/besoin de quitter la ville, car j'y avais fait mon temps. C'est aujourd'hui chose faite et (je vous assure que je ne l'ai pas fait exprès) pile à l'occasion de Mabon. Quand je disais que ce Sabbat avait toujours été une grosse période de changements/remises en question/prises de décisions pour moi, ce n'étaient pas des paroles en l'air puisque, cette année, il impacte directement toutes les facettes de ma vie. Je me retrouve donc, avec ma petite famille, dans un havre de paix au beau milieu de la forêt, à redécouvrir les joies d'une vie saine, sous un ciel criblé de tant d'étoiles que j'en ai le tourni, et surtout loin de l'agitation et du brouhaha urbain. Car la première chose que l'on expérimente dans un tel endroit, c'est bel et bien le Silence. Oui, avec un grand "S". Parce que ce n'est qu'une fois là-bas que j'ai réalisé qu'en ville, on ne sait pas vraiment ce qu'est le silence. Le calme, peut-être, oui. Mais venez vous coucher ici, au milieu de nulle part, et vous comprendrez que, même dans la plus calme des villes, ce n'est pas du silence. Au mieux, c'est une absence de brouhaha, un ronronnement discret, mais il subsiste toujours quelque chose de cette agitation sans fin.

Là, tout d'un coup, je me retrouve projetée dans une sorte de néant. Dehors, dans le pré, seule la lune éclaire les contours de la végétation. Tout est calme, tout est noir, il n'y a pas un bruit. On sort boire un peu d'eau à la fontaine avant de se coucher. Oh, il n'est pas tard, à peine 23h, mais on dirait que tout se transforme, que les lieux sont différents. On sait pourtant que tout est familier. Le pré, le verger, l'orée de la forêt non loin. On a arpenté ces lieux des dizaines de fois, on a fait connaissance avec le ruisseau, avec les arbres, on a même cueilli leurs pommes. On est plusieurs, on est chez nous, tout est calme, on devrait se sentir rassurés. Mais quelque chose nous dérange. Une sorte de peur ancestrale qui nous broie les tripes sans raisons apparentes, parce qu'on ne sait pas ce qui peut sortir de l'ombre. La forêt ? Elle n'est pas loin, elle est seulement à 10 mètres, de l'autre côté de la fontaine... Et si ?... Finalement, on rentre se coucher, on éteint la lumière et c'est le noir complet. Imaginez le vide. L'absence de tout ce qui a fait vos nuits jusqu'à présent, la même obscurité que celle de vos paupières lorsque vous fermez les yeux. D'ailleurs, qu'ils soient ouverts ou fermés n'y change rien, vous ne voyez que du noir. Adieu l'éclairage public, les phares des voitures, le ronronnement du tram et la musique dans l'appartement d'en face. Pas un bruit, pas une ombre, rien, même pas le vieux bois de la maison qui craque. La bâtisse est entièrement silencieuse, comme dévouée à cette découverte des (non)sens. Vous devenez soudain sourds et aveugles avec, pour seul sifflement, le sang qui circule dans votre crâne. 

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Oui, les premières nuits sont presque "dérangeantes". On sort des sentiers battus, nos habitudes sont bousculées. O
n pense avoir enregistré bon nombre de paramètres durant la journée mais, une fois la nuit tombée, ce qui nous entoure semble tout autre. Parce que l'Ombre et le Silence mettent d'autres choses en valeur. Non, ce qui est tout autre, en réalité, ce n'est pas ce qui nous entoure. La Nature est immuable, elle nous regarde errer, évoluer, au fil des jours. Ce qui change, en réalité, c'est nous, ce que nous sommes, nos pensées, nos peurs, et la manière dont nous percevons le monde au travers de celles-ci. L'Ombre et le Silence titillent nos sens, et surtout, ils réveillent nos peurs. Voilà. Les peurs. Finalement, c'est bien ça qui dérange. Il n'est pas tant question des craintes ancestrales que je mentionnais plus haut, mais de la "simple" peur de se retrouver face à soi même.

Affronter ses peurs, et s'affronter soi-même. 

Car je crois que c'est ce qui est le plus important avec l'absence de sens : il est impossible de se détourner de nous-mêmes lorsqu'aucune distraction extérieure nous empêche d'affronter enfin ce que nous sommes. Dans le Silence, force est de constater que l'on est obligé de s'écouter soi-même, d'écouter ses pensées, ses craintes, ses cris intérieurs, et ces milliers de petites choses qui tournent en boucle dans nos caboches. Voilà précisément la nature de cette peur qui grandit à la nuit tombée. Le Silence met en lumière nos comportements, nos défauts, nos qualités aussi, nos craintes, nos aspirations, comme une porte grande ouverte en direction de l'introspection, pour comprendre, se comprendre et avancer. Comme un train lancé à 1000 à l'heure qui nous montre la voie à suivre et dans laquelle il faut s'engouffrer pour avancer. L'Ombre, elle, fonctionne un peu comme un miroir noir (spéciale dédicace à Samhain qui approche), on ne peut faire autrement que d'observer cette espèce de reflet invisible à l'oeil nu mais duquel notre oeil intérieur ne peut se détourner.

Voilà la découverte primordiale que je peux tirer de ces quelques premiers jours. Aujourd'hui, j'ai apprivoisé la nuit. Il n'a fallu que quelques jours pour que cette drôle d'impression disparaisse. Mais l'Ombre et le Silence apaisants de ma campagne ont réveillé quelque chose en moi et ont laissé une trace, des sortes de petits cailloux le long du sentier. Voilà la suite du long chemin à arpenter, la direction à prendre. Lorsque l'on parle de "retour aux sources", il s'agit également d'un "retour en soi", de revenir à ses racines, de comprendre le fondement de ce que nous sommes et la manière dont on fonctionne. Finalement, le brouhaha et la lumière, quelle que soit leur intensité, nous détournent d'une certaine manière de ce que nous sommes, c'est une distraction pour ne pas avoir à écouter et à regarder en nous. Je pense que tout le monde devrait expérimenter au moins une fois une nuit entièrement silencieuse dans l'obscurité totale. Pas juste fermer les volets et se boucher les oreilles. Non. Bousculer ses sens, pour bousculer ses pensées et faire un grand saut sur le chemin.

L'Ombre et le Silence ont ouvert une porte, en cette saison sombre ou le temps est à l'introspection et au repli sur soi. Une sorte de nouveau souffle, que la routine avait jusqu'à présent étouffé, qu'il faut maintenant laisser grandir, pour qu'il gagne en intensité. Apprendre. Comprendre. Redécouvrir. Je pense que les prochains mois vont être très intéressants, et ce à de très nombreux niveaux. Une fois encore, Mabon a fait son office. En route maintenant vers la prochaine étape. Haut les coeurs !
 

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Quelle voie suivras-tu ? Celle de la Lumière, ou celle de l'Ombre ?

Mabon. Silence. Introspection. La boucle est bouclée.

 

Sources : 
Image 1 : http://lebonson.org/
Image 2 et 3 : Compte instagram perso


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