La Voie de Gaïa

Quelques lignes d'un grimoire païen, un cheminement de lumière au milieu des papillons...


[SYLPHE] Un esprit sain dans... Hein, quoi ?
13 octobre 2014

Le projet SYLPHE, initié par Nuno, est un groupe de blogs païens francophones réunis pour échanger et parler de thèmes spirituels et en lien avec notre pratique du paganisme. Le but est simplement de traiter avec sérieux et sans se prendre au sérieux des problématique avec des approches différentes, puisque nous vivons tous notre spiritualité différemment.

J'ai décidé de participer au projet Sylphe parce que beaucoup des questionnements en cours faisaient écho à mes propres réflexions. Lire à gauche à droite depuis plusieurs semaines les réflexions des participants m'a donné envie de reprendre mon clavier (à défaut de ma plume, hein) et de retrouver lentement la parole. Certains s'éveillent au Printemps, moi c'est en automne, chacun son truc :p Je commence ma participation par un sujet très personnel, à la limite de l'intime, mais après tout, ce sont des cheminements et des modes de pensée qui, je pense, peuvent entrer en résonance avec pas mal de monde. Le témoignage de Lyra sur le rapport corps/spiritualité, notamment, a énormément fait écho en moi, parce que nous avons un cheminement/raisonnement un peu similaire. 

Je pense que l'on peut considérer le rapport du corps à la spiritualité de deux manières : le corps en lui-même et son rapport dans notre pratique et notre spiritualité quotidienne, ainsi que la manière dont on le gère/présente/offre/vénère/représente/rayez les mentions inutiles. Or, pendant longtemps, mon corps a été mon ennemi. Il m'est arrivé de le détester, pour des centaines de raisons. Souvent, même. Je le considérais un peu comme une prison, une geôle que ne n'avais pas choisie ; c'était comme ça, il fallait faire avec, puisque de toute façon, on ne m'avait pas franchement laissé le choix. J'ai la chance d'avoir un corps qui fonctionne plutôt bien, malgré quelques défauts et déboires de temps en temps, comme tout le monde, et je devrais m'estimer chanceuse… Mais c'est bien connu, on n'est jamais satisfait de ce que l'on a. Bref, en tant que tel, il n'a jamais vraiment occupé une place privilégiée dans ma pratique ou dans ma conception spirituelle, pas plus que dans ma vie quotidienne, quelle que soit la manière dont on voit les choses. Au quotidien, je suis plus du genre à traîner version cocooning, les cheveux relevés par le premier crayon venu, plutôt qu'en talons aiguille, le visage tant fardé que même ma propre mère ne me reconnaîtrait plus, alors de là à en faire le temple de ma spiritualité, il y a de la marge. Oh, bien sûr, j'en prends soin, mais comme on prendrait soin de sa voiture. Parce que c'est nécessaire, parce que sans lui, je ne vais pas aller bien loin. Passé ces considérations là, j'ai toujours été très "mentale" dans ma manière d'opérer : je peux passer des heures à prévisualiser puis visualiser un cercle, à rédiger un rituel pour placer mon action sous les meilleures auspices ou à concocter l'encens parfait qui élèvera le niveau spirituel des lieux mais je n'ai jamais songé une seule seconde à faire de mon corps une part de ma pratique magique où à la manière dont je le présentais aux Energies en action. Chez moi, c'est tout dans la tête. C'était à peine si je songeais à la tenue dans laquelle j'entrais dans le cercle. Skyclad ? Jamais ! Célébrer le féminin sacré et tout le tintouin ? Encore moins ! J'ai même tendance à fuir ce genre de spiritualité ; il y manque à mes yeux une dualité qui me semble essentielle (mais le sujet n'est pas là).  

Je me souviens de mon premier "rituel" il y a plus de… fouhlala, quinze ans (hellooooo, coup d'vieux !). A cette époque, j'avais ressenti le besoin de concocter une espèce de dédication perso, histoire de dire "c'est ma voie, celle que je choisis, je lui rends hommage". J'étais jeune, encore préoccupée par ce que je lisais, davantage que par ce que je ressentais. Or il se trouve que j'avais sans doute lu quelque part que pour se présenter aux énergies, comme une sorte de baptême spirituel, c'était bien de mettre une tenue cérémonielle, ou tout du moins quelque chose qui différait de nos vêtements de tous les jours. Pour marquer le coup, comme une sortie en grandes pompes un dimanche en famille, quoi. Alors j'ai fouillé dans mon armoire d'ado, et j'y ai sorti ma plus belle tenue de nouvel an, le genre organza bouffant d'un beau rouge grenat. Ah, j'étais fière, c'était un grand moment qui allait se passer dans ma vie, un tournant, un nouveau départ (sortez les violons) ! Mais je ne me suis jamais autant sentie l'âme d'une aubergine croisée sac à patates que ce jour là. Ces vêtements, aussi chicos fussent-ils, grattaient à mort, en plus d'être extrêmement dangereux à proximité d'une bougie parce qu'en synthétique 100%. Oui, on a connu mieux, mais à 14 ans, hein, il y a prescription. C'est ainsi que j'ai passé une étape cruciale de ma vie spirituelle engoncée dans une tenue dans laquelle je ne me sentais pas bien du tout mais, vous comprenez, il faut ce qu'il faut. Cela dit, ça ne m'a pas empêché d'expérimenter pour la première fois ce que voulait dire "petite étincelle magique" et je me souviendrai toujours de ce moment comme l'un des plus beaux de mon cheminement.

Je crois que ça a été la seule et unique fois ou je me suis laissée embarquer dans ce genre de considérations. Ensuite, au placard, la robe du dimanche, qu'à cela ne tienne, mon cargo pants ferait très bien l'affaire à l'avenir. Vous imaginez bien que si pour ce simple rapport au corps j'étais incapable de faire mieux, jamais je n'ai songé une seule seconde à utiliser mon corps en lui-même pour célébrer la spiritualité. Je n'ai, par exemple, jamais (ou alors si rarement que je ne m'en souviens plus) fait d'offrande de sang ou quoi que ce soit d'autre. Mon corps a toujours été détaché de ma spiritualité. Dualité physique/mental, matière/esprit, profane/sacré, etc etc. Passés les purifications de base et les bains magiques qui, eux, m'apaisent tant le corps que l'esprit et me mettent en condition, j'ai fini ensuite par délaisser totalement cette partie de moi, ce moteur qui pourtant m'offrait la possibilité d'entreprendre tout ce travail et je n'ai jamais vu le moindre inconvénient depuis à entrer dans le cercle en jean/baskets, en pyjama ou que sais-je encore, sachant qu'à mes yeux le principal résidait dans la connexion mentale et psychique qui s'opérait et non dans l'aspect physique. Tant que le corps est aussi pur que l'esprit, tout va bien, no offense. Je ne me suis jamais sentie aussi bien que lors de ma première projection, il y a près de 10 ans (vous savez, celle dont je vous rabâche les oreilles sans arrêt), c'est dire à quel point le corps était un poids dans ma spiritualité.

Et puis, un jour, ça a changé. Juste un peu, mais avec suffisamment de subtilité pour me faire réagir et réfléchir à tout ça. Déjà parce que le corps est un merveilleux indicateur : Beaucoup de mes prises de conscience et de mes réflexions lui sont intimement dues. Se lier à ses débuts à quelqu'un pour un rite de guérison ultra intense établi sur la durée et finir quasiment incapable de se lever le matin car on se sent complètement vidé de son énergie malgré une nuit de 10h fait vite prendre conscience qu'aucun lien n'est anodin, et surtout pas ce genre là, et que toute énergie prise quelque part ne disparaît pas et doit forcément se retrouver ailleurs. C'est con, mais à l'époque, je n'y aurais pas songé si mon corps ne m'avait pas dit merde. Parce que voilà, si tu pousses ton esprit trop loin, si tu dépasses trop tes limites, quelles qu'elles soient, au bout d'un moment, ton corps te dit stop, parce qu'il ne peut pas suivre. Et tant mieux, parce que sans ça, je pense qu'on finirait parfois dans de sacrés états. Grâce à lui, j'ai découvert mes limites et je peux tenter de les dépasser (ou pas). Grâce à lui, je sais lorsqu'il est nécessaire de faire une pause, de me recentrer sur autre chose. Corps et esprit sont intimement liés, et je pense qu'on ne peut pas écouter l'un sans être attentif à l'autre, ils vont de paire et forment un équilibre délicat.

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Et puis, comme je le disais dans de précédents messages, je suis passée pendant des mois par une phase de repli, de doute et de remise en question. J'ai intégré au sens figuré du terme tout ce qui, par le passé, avait fait ma pratique : mon autel, mes cercles, mes outils, mes mots. En un sens, tout est passé d'une manifestation physique à une manifestation mentale. J'ai arrêté de décorer mon autel et de le faire évoluer parce que tout ce qui était nécessaire était dans ma tête. J'ai arrêté de me servir d'outils (baguettes, etc etc) parce que le plus bel outil que je possédais restait encore mes 10 doigts et le reste de la machinerie. Je visualisais mes cercles, m'autorisant parfois à les tracer du bout du doigt dans un sable invisible, mes bras ou mon corps dressé au centre du cercle canalisaient les énergies nécessaires. Bref, tout ce dont j'avais besoin était ma tête et… mon corps. Partant de là, il est un peu devenu mon autel. Non pas comme une espèce de temple sacré à vénérer et à étouffer sous des dizaines d'offrandes (pour le coup, le coup du crayon dans les cheveux reste d'actualité) mais plutôt comme le lien entre mon esprit et l'Energie. Le chaînon à ne surtout pas zaper parce qu'il permet ce rapport avec le monde : comment, par exemple, ressentir la manifestation des éléments au cours d'une balade, si ce n'est par notre corps et nos sens ? Le contact glacé de l'eau d'une rivière, le vent qui siffle à nos oreilles et nous pousse en avant (ou en arrière, dépend), la chaleur d'un feu de cheminée ou l'odeur de la terre que l'on travaille ? Cultiver mon jardin a contribué également à remettre le corps "à sa place" dans ma spiritualité. Il est devenu mon "outil" le plus précieux (je n'aime pas trop la connotation de ce mot, mais je n'ai pas trouvé mieux), et un témoin de ce que je suis et de ma spiritualité. Il est tout simplement moi.

Dès lors, mon regard envers lui a évolué. Il est petit à petit devenu un vecteur. J'ai commencé à m'intéresser à lui, à le parer des symboles qui jalonnent mon existence et qui me sont chers parce qu'il méritait plus que ce que je lui donnais jusqu'à présent. Je traîne certains d'entre eux depuis plus de 10 ans, et les avoir avec moi en permanence me rappellent d'où je viens et où je vais, comme une sorte d'hommage au chemin parcouru et à mes croyances les plus ancrées. Ils sont soigneusement choisis, il y en a peu, mais ce sont les plus importants. Ce sont mes bases, mes fondations personnelles. Bijoux comme tatouages sont autant de témoins sur mon corps qui me donnent la force nécessaire dans les moments de doute ou de faiblesse. Ils sont des reminders, des hommages, des nouveaux chapitres, en quelque sorte, mais aussi des étapes. Mes tatouages, par exemple, marquent tous deux un tournant important de mon existence et sont liés à ma spiritualité de manière large. Je les ai perçus, tout comme l'acte de tatouage lui-même, comme des rites d'itinitiation, une nouvelle page qui s'ouvre et un témoignage : hommage au chemin qui m'a menée jusqu'ici et à la nouvelle route qui s'ouvre devant moi. Hommage à ma spiritualité, à ma conception de la vie, du monde et des liens humains. Je me souviens à ce propos d'une citation lue au détour d'un bouquin :

"Mais je comprends maintenant pourquoi Tori disait que son tatouage représentait une peur qu'elle avait surmontée ; un rappel de ce qu'elle était avant, et du chemin parcouru. Il est peut-être possible d'adopter une nouvelle vie tout en rendant un hommage à celle d'avant."

Divergente, T.1, V. Roth

Ils me rappellent le cycle perpétuel de mon existence, mais aussi l'évolution, le changement, la roue qui tourne. Laisser derrière soi une partie de ce que l'on est pour faire de la place et ainsi laisser la place à un nouveau chapitre, sans pour autant oublier le précédent. Tout ce que nous vivons, tous les gens que nous rencontrons, tous les échanges que nous avons, font de nous ce que nous sommes aujourd'hui, et c'est un peu ce qu'ils me rappellent au quotidien. Ils me montrent la voie tout en faisant résonner en moi le mantra de ma vie : on renaît toujours de nos cendres.

La plupart des bijoux que je porte au quotidien et que je n'enlève jamais recellent eux aussi ce genre de symboles. Ce sont des pièces discrètes, qui n'évoqueraient pas grand chose et passeraient certainement inaperçues aux yeux des gens (eh non, pas de gros pentacles clinquants ni de triples lunes ou je ne sais quoi :D) mais qui, mises bout à bout, forment le chaudron bouillonnant de ma spiritualité et de ce qui me porte.  Ce sont mes avatars, mes symboles du sacré au quotidien, l'histoire qui m'a construite et les images qui viennent de mes tripes. Ce sont des rencontres, physiques ou spirituelles, des mondes, des paliers, des témoins du passé. C'est un peu le baluchon que j'emmène partout avec moi, ma carte d'identité spirituelle.

Voilà. Je crois que c'est ça. Mon corps devient alors petit à petit le témoin de ce que je suis et non pas juste un réceptacle vide de sens. J'ai fini par y intégrer, au sens propre du terme, cette fois, ma spiritualité. Je n'en suis pas encore au point de m'en servir comme offrande ou autre, mais il fait désormais partie de ce que je suis et du chemin que j'arpente et on peut dire en quelque sorte que grâce à ma spiritualité, je pose sur lui un regard beaucoup plus doux. Ils se sont rendu service l'un l'autre, rétablissant l'équilibre qu'il me manquait. Mieux que l'entretenir, je le respecte, car il accueille désormais ce que je suis au plus profond de moi. La spiritualité n'est pas qu'une question d'élévation de l'esprit, c'est une question d'équilibre entre le corps et l'esprit car, comme je le disais plus haut, l'un n'est rien sans l'autre. Un esprit sain dans un corps sain, une spiritualité assumée dans un corps assumé. On y revient.

 


 

sylphe

LES AUTRES VISIONS

 

Sources :
Image : Inside the butter candle offering house in front of the Jokhang, Lhasa, Tibet par Kia Ora Tibet


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