La Voie de Gaïa

Quelques lignes d'un grimoire païen, un cheminement de lumière au milieu des papillons...


Importance des traditions et pleine lune
10 octobre 2014

Red-Moon-03


Pour la première fois depuis bien longtemps, je crois que mon avis concernant la pleine lune a changé. Je parlais le mois dernier de cette pleine lune de septembre prise en pleine tronche, de ses énergies violentes, dévastatrices, mais nécessaires. Au contraire, j'ai senti celle qui vient de s'écouler beaucoup douce et subtile, avec toutefois son petit coup de massue bénéfique sur le coin du crâne (et hop, taclé !). Par curiosité, je suis allée fureter après coup dans un article que j'avais rédigé l'an dernier sur Wild Whispers concernant la symbolique des pleines lunes de l'année. L'avantage de posséder une mémoire de poisson rouge doublée d'une passoire qui ne retient pas grand chose, c'est de ne pas se laisser influencer par ce genre d'écrits le jour J... Sitôt écrit, sitôt oublié (mais je peux vous dire que dans la plupart des cas, c'est franchement chiant). La pleine lune de septembre, la lune des récoltes (tiens donc), est décrite comme suit : 

"[...]C'est une "chercheuse de vérité" : elle fouille en chacun de nous ce qui se cache, ce qui est enterré, enfoui. C'est une Lune de profondeur... comme elle va chercher en profondeur dans la Terre pour nous en livrer le meilleur des moissons. Cette Lune agit beaucoup sur le mental et la psyché des gens. C'est une Lune prudente et sérieuse, mais aussi liée au caractère de réserve, méthodique, analytique et critique. Pour ce qui est des troubles que nous ressentons tous, semble t'il, ce n'est pas étonnant. Il ne faut pas oublier que Mabon arrive, et qu'il va nous remettre dans son contexte."

Je ne sais pas si ça a été le cas pour vous, mais de mon côté, pour fouiller, ça, elle a bien fouillé, il n'y a pas de doute. Et elle a ressorti pas mal de choses qu'il a fallu intégrer plus ou moins facilement et prendre sous le bras afin de poursuivre ma route. Tu voulais mettre de côté ce problème ? Tu voulais ne pas le regarder en face ? Allez va, pour la peine, je te l'envoie en pleine tronche pour que tu l'affrontes enfin. Non non, inutile de me remercier, c'est mon boulot. Tu en veux encore ? Allez zou, une seconde fournée ! Ca a été difficile, ça a été douloureux, il a fallu déployer beaucoup d'efforts, mais le travail accompli ou restant à accomplir en vaut vraiment la peine. Quant à celle d'octobre :

"C'est la Lune des nouveaux buts, de la protection, de la résolution et de la spiritualité. [...] C'est le moment de réfléchir à ce que vous avez accompli durant l'année et d'évaluer vos accomplissements. Vérifiez ce qui importe pour votre sécurité et votre bien être (matériel, financier…). Cette pleine lune est aussi adéquate pour relâcher le stress et les énergies négatives de ce qui vous entoure. "

Et c'est exactement de cette manière que je l'ai vécue. Une lune de changements, mais aussi de renouveau, de bouclage de boucle qui, finalement, a mis fin à pas mal de choses et de zones d'ombres qui obscurcissaient encore mon chemin et que je n'osais pas affronter malgré l'envie qui me rongeait. Pourquoi ? Par trouille, principalement. Quand on est assailli de doutes, à propos de soi, à propos du monde, à propos de la route à prendre, c'est pas évident de prendre des décisions, et surtout de prendre les bonnes. C'est difficile de se foutre un coup de pied au cul (oui oui, malgré la Lune de septembre) et de sortir de sa réserve. Mais maintenant, je crois même être en état de dire : "merci". Je sens la période qui approche beaucoup plus sereine, moins tumultueuse car il est temps maintenant d'intégrer tout ce qui a été mis en lumière dans les mois précédents. L'automne nous a donné nos armes, à nous de nous en servir et de venir à bout de notre combat intérieur. Car je pense que c'est vraiment de cela qu'il s'agit. Le plus dur finalement, après tous ces mois (que dis-je, ces années) d'hibernation spirituelle et psychologique, c'est de parvenir à sortir de sa torpeur, de retrouver les gestes qui vont bien, de renouer avec ce qui fait que nous sommes nous, que je suis moi.


Je rebondis d'ailleurs sur ce thème pour boucler la boucle (encore) concernant une réflexion qui m'a enfoncée dans mon hibernation des mois durant et dont il est temps, je pense, de tirer des conclusions. Pendant longtemps, je me suis faite Silence. J'ai beaucoup observé dans l'ombre, les gens, les saisons, le temps, les traditions. Je suis redevenue cette observatrice du monde que j'aime être de temps en temps pour voir la ronde se dérouler sans interagir avec elle. Vous est-il déjà arrivé de tout remettre en question ? De faire table rase si profondément que tout, absolument tout, devient soumis à questionnement ? Comme une sorte de doute méthodique à la Descartes façon witchy... Mes réflexions se sont beaucoup portées sur les traditions, tous ces petits gestes que nous faisons au quotidien pour célébrer la foi païenne (ou la foi quelle qu'elle soit). Mais la grande question qui tournait et retournait sans cesse dans mon esprit était : "pourquoi ?". Pourquoi faire tout ça ? Pourquoi tout ce cérémoniel ? Ce décorum ? Pourquoi ces gestes, ces efforts, à quoi ça sert ? Je vis ma spiritualité, elle est là, mes convictions sont ancrées en moi mais... Tout connement, pourquoi célébrer ?

Petit à petit, j'ai fini par me couper de tout ça. J'ai réduit mes routines au minimum, parce que je ne saisissais pas/plus l'intérêt d'aller au-delà du strict nécessaire. Je suis devenue instinctive, primaire, dans mes pratiques et dans ma spiritualité. En somme, très dépouillée, uniquement calquée sur la nature et son cycle. Les exemples que je vais donner sont tout cons, parce que j'ai toujours du mal à entrer dans des illustrations concrètes et trop personnelles sur le net, mais vous vous doutez bien que c'est beaucoup plus profond que ça. L'an dernier, nous n'avons pas fêté Noël/Yule en famille. Pas de décorations, pas de célébration, à peine une petite marche hivernale pour saisir l'énergie du Sabbat et sentir le froid sur mes joues. Pareil pour les autres Sabbats, plus d'autel, j'ai décrété que mon autel était intérieur (ce qui reste vrai aujourd'hui encore. Je porte mes symboles en moi et sur moi). Ca fait des années que je ne suis plus adepte des grands rites cérémonieux et bien pompeux, appris par coeur et récités sans trop d'intuition. Ca non plus, ça n'a pas franchement changé, mais à force de dépouillement, je ne me suis plus retrouvée qu'avec une petite flamme dans mon esprit et... plus rien d'autre. Je ne sais pas vraiment si c'était par pur esprit de contradiction ou par simple besoin de comprendre, mais le fait est qu'en partant sur ce chemin, j'ai fait taire la petite étincelle. Vous savez, cette petite magie dans l'air... Parce que je n'en voyais plus l'intérêt. J'ai expérimenté le vide, tout simplement. Le vide spirituel, un vide qui a fini par me pousser à rentrer encore plus en moi, alors que j'aurais, au contraire, du déployer mes ailes. 

Et puis, à Mabon j'ai fini par saisir (comme chaque année, quoi, une jolie petite claque automnale). Tous ces petits gestes, toutes ces petites traditions anodines (récolter des pommes de pain, des marrons et des feuilles mortes pour orner la table de Sabbat, changer de couronne sur ma porte au gré des saisons, méditer, décorer la maison, faire un repas de saison entre amis...) sont autant de choses qui nous connectent avec le Monde et avec les énergies. C'est un ciment, c'est ce qui nous (re)lie les uns les autres. Ce n'est pas qu'un décorum dicté par la mode, par la société ou par le groupe dans lequel nous évoluons, ce sont des traditions ancestrales qui nous guident à travers le temps. C'est le carburant qui donne à notre spiritualité et nos pratiques toute leur force et leur puissance, mais aussi toute leur beauté. C'est une manière de rendre hommage, d'intégrer et de célébrer les cycles naturels et les choses qui relient les hommes. C'est ce qui fait que nous sommes ensembles, mus par une énergie et une pensée commune. Tomber dans l'excès n'est pas nécessaire, il suffit juste de faire ça avec le coeur et non pas avec sa tête. Et je pense désormais qu'il est possible de concilier traditions et dépouillement.

Parce qu'au final, une tradition ne se comprend pas, elle se ressent. Et en arrivant enfin à cette conclusion, je crois que je me suis reconnectée à ce que je suis et que je refais un petit premier pas vers ma voie.

 

Sources : 

Redmoon par Funmozar
Les Esbats sur Wild Whispers


Commentaires

    Haa, voilà on sent déjà que tu t'"ouvres" un peu plus à l'écrit =) J'ai senti tes mots moins "coincés". J'aime bcp cette phrase : "C'est ce qui fait que nous sommes ensembles, mus par une énergie et une pensée commune. "

    Par Löu • 10 octobre 2014 à 13:50
  • Oui petit à petit, ça revient. Comme dit, c'est dur de retrouver les mots après un si long silence, c'est un peu comme réapprendre à marcher après une longue période de convalescence... La rééducation prend du temps !

    Mais voilà, c'est ça, la célébration c'est être ensembles, que ce soit physiquement ou en pensée.

    Merci pour ton commentaire

    Par Yuna Minhaï • 10 octobre 2014 à 13:57
  • Hej på dig !

    Je suis contente de lire que tu remontes, ma Yuna, mais pour moi c'est pas encore ça. J'espère en être sortie, à chaque fois j'y crois, et vlam ! ça me revient dessus, toujours aussi violemment. J'ai pas fini le processus. J'ai cru qu'il fallait que j'ignore, juste que je courbe le dos et me détende, maintenant je pense qu'il va falloir que je creuse au contraire. Sauf que je dois attendre. Et c'est fou, mais le moment où je vais pouvoir creuser, ça va être en plein sur la Samhain. Il n'y a point de coïncidences.

    Côté réflexion païenne sur la pratique, l'autel, tout ça, je n'en suis pas à la même chose non plus (pour une fois ^^). Si tu suis le blog de Genava, tu as pu lire mes questionnements. J'ai vraiment lâché les rituels, les autels, les outils. Ca m'effare, mais je les lâche même de plus en plus. Y'a quasiment plus rien, reste juste la flamme. Et en lâchant, je me fais une fois de plus face à moi-même, et j'apprends une fois de plus à m'écouter et à écouter les dieux. J'épure, je vide, je nettoie, je fais ça depuis des mois et j'ai pas encore fini. Je sais pas jusqu'où ça va aller tout ça, mais à chaque étape c'est mieux.
    Ce soir j'ai vécu un des moments les plus éminemment spirituels et forts de ma Vie de païenne, et pourtant j'avais rien prévu, c'était pas une date particulière, j'étais avec quelqu'un qui croit en un dieu unique à qui j'ai tendance à montrer mon majeur, j'avais rien avec moi sauf mon bâton de marche (formidable outil de méditation ce truc), et j'ai rien fait de concret, sinon chuchoter vite fait mon nom dans le Vent et simplement me sentir soulevée par le moment, la couleur des bouleaux, la pluie et les appels des grands corbeaux...

    Difficile naissance.

    Par La Sauvage • 12 octobre 2014 à 22:23
  • Salut ma belle ! Le processus est plus ou moins long selon ce qu'il y a à assimiler, peut être... Ca faisait un moment que j'avais le nez dans la merde mais que je refusais de me l'avouer... alors je suppose qu'il a suffit que j'en prenne VRAIMENT conscience pour que les dominos tombent les uns après les autres...

    Du coup, après coup, comment as-tu vécu ton Samhain ? Quoi qu'il en soit, je plussoie tout à fait ton cheminement. La flamme, au final, c'est le plus important, c'est ce petit quelque chose primordial qui est à l'origine de tout. Le reste autour, ce n'est que de l'artifice (mais qui parfois sert à protéger ladite flamme). Tant qu'elle brûle, alors tout va bien Les plus belles expériences surviennent toujours lorsqu'on s'y attend le moins... Je te souhaite en tout cas de renaître tout bientôt, tu le mérites

    Par Yuna Minhaï • 12 novembre 2014 à 14:33
  • Oui, il a fallu en prendre VRAIMENT conscience, comme tu dis, il a fallu que ça arrive droit dans nos faces à plusieurs reprises pour qu'on daigne écouter ^^' Pareil, sans ça, je sais pas si j'aurais accepté de lever le nez de ma merde...

    Après coup, mon Samhain, c'était un moment merveilleux ! J'ai sorti tout un tas de choses douloureuses, c'est pas passé sans heurts, mais ce que j'en retire est tellement lumineux, tellement prometteur pour la suite, me rend tellement heureuse, que je ne regrette pas un instant. Vraiment la chute dans le chaudron puis la renaissance. Maintenant il me reste le boulot concret à faire, mais les scories, c'est bon, elles sont loin ! Ouf ! Je renais donc bel et bien, je suis encore bien petite, mais pas du tout faible, au contraire : forte et pleine de courage !
    Ca a concerné majoritairement les relations et les choix de vie, mais aussi ma spiritualité, qui de gros bordel est passée à quelque chose de plus simple et plus confortable.

    Et toi ?

    Par La Sauvage • 12 novembre 2014 à 18:56

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