La Voie de Gaïa

Quelques lignes d'un grimoire païen, un cheminement de lumière au milieu des papillons...


Nature is my religion, Earth is my temple
24 avril 2014

Je m'excuse par avance du caractère décousu que prendra cet article. J'avais envie, pour une fois, de laisser vagabonder mon esprit, de noter quelques récentes réflexions. Celles-ci sont brutes, vouées à évoluer, à se compléter, certainement, au fil du temps... Comme une envie de revenir aux sources et de partager un petit bout de mes cogitations... Comme au bon vieux temps, tout simplement.

J'ai souvent dit, ici ou sur Terra Nostra, que créer était un acte extrêmement méditatif. A chaque fois que j'embarque dans une nouvelle création, mon esprit s'envole. Je prends le temps de me poser, de laisser aller mes pensées. C'est un moment de calme, de sérénité, d'application et aussi un peu de complicité avec moi-même. L'autre jour, en réalisant un dreamcatcher pour l'atelier, à l'aide d'une aiguille, je songeais à la similitude entre le tissage de la toile et l'acte de repriser. De fil en aiguille (justement !) j'en suis venue à cogiter sur pas mal de thèmes parallèles. Aujourd'hui, par exemple, rares sont devenus les gens qui prennent le temps de réparer, de repriser, de redonner une nouvelle vie à ce qui a été brisé. C'est autant vrai pour les possessions matérielles que pour les relations humaines. Ca me rappelle d'ailleurs une image que j'ai vue circuler sur les réseaux sociaux, il y a quelques mois (que, bien sûr, je ne retrouve plus maintenant que je la cherche...). De tête, il me semble qu'il y avait dessus un jeune homme qui demandait à un couple âgé comment ils avaient fait pour rester ensembles si longtemps malgré les disputes etc. L'un des deux répondait alors qu'il faisait partie d'une génération où, au lieu de jeter les choses à la moindre brisure, on essayait de les réparer. C'est assez symptômatique de ce qu'est devenu notre société actuelle. J'ai déjà souvent râlé sur le "avoir tout, tout de suite, sans rien faire" (merci Canal+ pour le slogan révélateur), et je trouve que ça s'inscrit dans la même optique. Repriser, donc. Donner de l'importance aux choses, se rendre compte qu'elles ont toutes une valeur, une histoire, et que rien n'est acquis. On passe trop de temps à accumuler des choses, mais on ne se rend plus du tout compte de leur valeur.

 

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Les Temples de Bagan, image © Philippe Cap - Source

Parallèlement, j'ai regardé récemment Pekin Express (émission diffusée sur M6 depuis la semaine dernière), non pas pour le côté télé-réalité et jeu qui a tendance à m'énerver au plus haut point, mais pour la beauté des paysages birmans que j'avais très envie de découvrir. Le premier jour, les candidats devaient trouver un lieu où passer la nuit, chez les habitants d'un petit village de Birmanie. Bon, je mets de côté l'aspect très certainement truqué de l'émission qui fait que chacun trouve du premier coup un hôte, alors que, quelques minutes plus tard, la voix off explique que la Birmanie ne s'est ouverte vers l'extérieur et aux touristes qu'il y a trois ans à peine et que beaucoup d'habitants sont assez réticents à recevoir des étrangers chez eux. Flagrant, ouais... Bref, quoi qu'il en soit, pendant la soirée, l'un des candidats discute avec son hôte en lui demandant, avec de grands yeux, comment il faisait pour vivre "normalement", sans eau courante, sans électricité, sans tout le confort dont nous, occidentaux, pouvons bénéficier. L'hôte a simplement répondu à sa question par une autre question : "Et alors ? Tu ne te sens pas bien, dans ma maison ?" Je crois qu'on ne pouvait pas rêver d'une meilleure réponse. Le bonheur de vivre, le plaisir d'être ensemble, de partager un bon moment, ne dépend pas de la notion de confort et de possession, pas plus que de la notion de "normalité", qui est extrêmement subjective selon les régions du monde. L'électricité à volonté, l'eau courante, l'électroménager... Ici, en occident, on prend ça pour acquis parce qu'on ne connaît que ça. Mais serions-nous si malheureux, à aller chercher l'eau au puits ? A entretenir le feu de la cheminée pour se réchauffer ? Du coup, je repense sans cesse à cette citation, inscrite sur un rouleau accroché à mon mur :


"Happiness doesn't depend on what we have,
but it does depend on how we feel toward what we have.
We can be happy with little and miserable with much."

William Dempster Hoard

 

Tout ça, ce sont des choses profondément liées. Nous avons perdu le sens et le goût de l'effort, au profit d'une vie plus simple en apparence, mais au détriement de choses primordiales : la santé, les liens sociaux... Pourquoi s'embêter à faire notre pain, alors qu'on peut l'acheter au magasin du coin ? Pourquoi s'embêter à repriser un vêtement déchiré, alors qu'on peut le jeter et en racheter un autre ? Marcher pour rejoindre le centre ville ? A quoi bon, on peut prendre le bus ! A force de chercher la facilité, je trouve qu'on finit par se déconnecter totalement de ce qu'est vraiment la vie et on passe à côté de bien des choses... Ce genre de sujets m'a fait m'interroger ensuite sur ce qui m'attire vraiment dans le paganisme (au sens large). Voilà plus de 10 ans que je suis sur ce chemin, sans jamais vraiment m'en être détournée. Ca m'est toujours apparu comme une évidence, mais pourquoi le paganisme et pas autre chose ? Outre la liberté spirituelle (étant une grosse éclectique depuis toujours) qu'il me procure, la possibilité d'évoluer selon mes aspirations, en solitaire, c'est le paganisme qui me lie le plus à la terre et aux racines. Le cycle naturel, le rapport à la Terre, aux récoltes... Voilà l'essentiel de mon attirance, c'est ce que je ressens au fond de mes tripes et le paganisme y fait écho. Je lisais récemment une citation : 


"Nature is my relgion, the Earth is my temple"


Je crois que c'est ce qui, aujourd'hui, me définit le mieux. J'ai depuis longtemps abandonné l'autel de mon atelier, il n'est plus que décoratif dans la mesure où je porte les symboles qui me sont les plus chers sur moi en continu. Mon autel est un tapis de verdure que je foule jour après jour. J'aspire à un retour à la Nature, aux choses simples, au respect des valeurs. Ca ne veut pas dire pour autant que je prône le dénuement total, ni que je vais aller vivre à poils dans les bois, mais je pense qu'il faudrait savoir mieux concilier notre quotidien moderne et ce genre de concepts : bénéficier des bienfaits de l'un et de l'autre, sans tomber dans les excès contraires. Pendant longtemps, je me perdue, je me cherchais, spirituellement parlant, je cherchais aussi une place de manière générale dans ce monde. Ca s'est traduit sur ce blog par un long silence, ou des messages beaucoup plus impersonnels. J'ai rompu des liens, limité les partages, je me suis faite silence, afin de palier au brouhaha qu'il y avait dans ma tête. Pourtant, aujourd'hui, je crois que j'ai trouvé à nouveau cette voie que je cherchais tant (la voie de Gaïa ? ;) ). Des petites choses simples du quotidien m'ont reconnectée à ces racines qui ont toujours été enfouies en moi mais que je ne parvenais plus à trouver. Entre autres exemples basiques : sortir mon chien, pour de longues balades matin et soir, m'a reconnectée aux cycles naturels. J'ai vu la nature changer au fil des jours, s'éveiller ou s'endormir selon les saisons, alors qu'auparavant, casanière comme j'étais, je n'y prêtais plus vraiment attention. Comment parvenir à célébrer les Sabbats, si on ne lève pas le nez vers les arbres en premier lieu ? Avoir un jardin m'a remis les mains dans la terre, m'a redonné le gout de l'effort, l'amour du travail bien fait. S'investir dans des plantations redonne ensuite une valeur à ce que l'on mange... C'est mon petit lopin de terre à moi, mon petit univers qui se dessine à la sueur de mon front. Et puis, je recommence à créer ; je ne parle pas ici des créations de l'atelier, mais de créer pour le quotidien de ma famille : vêtements, pain, pâtes, et même pâte à tartiner (miam miam :p ) Ca peut paraître anodin, mais ce sont des choses qui, pour moi, font partie de la spiritualité, au même titre que la dévotion, les recherches et la pratique. C'est ce qui apporte une hygiène de vie saine, qui redonne le sens de l'effort et des valeurs, dans un monde où ils se perdent dangereusement. J'ai commencé à me séparer des choses qui ne me servent plus. Vêtements, bijoux, objets de décoration, tout y passe. Je fais le vide, redonnant ses valeurs à l'essentiel.

Finalement, trouver un début d'équilibre au quotidien m'a permis de me remettre sur les rails de ma spiritualité. Comme je le disais dans des précédents messages, les choses se mettent en place petit à petit, il faut du temps, il faut surtout savoir prendre le temps de se donner du temps. Mais les résultats concrets commencent à se faire sentir. Aujourd'hui, je mets en place la vie que je me souhaite pour demain. 


Commentaires

    Ce message est si beau... Il fait énormément et une fois de plus écho à ce que je ressens aussi, en ce moment et en général. Tu parles de la facilité que nous offre la société actuelle, en nous faisant oublier la valeur d'une chose faite par un artisan, avec du temps et de la patience, et conservée longtemps, réparée, nettoyée, remise à neuf plusieurs fois... Tu parles aussi de la valeur de ce qui nous entoure, la vraie valeur, qu'avoir beaucoup d'objets ne sert à rien s'ils ne nous sont pas utiles, ne nous rendent pas heureux (je parle des objets mais ça s'applique aussi aux relations et à plein d'autres points).

    Ca fait tellement de bien à lire ! J'imagine tes promenades avec la fofolle, ton jardin, ta façon de humer l'air pour sentir ce que le temps a à te dire, comme je le fais moi-même (en y pensant, je me dis que c'est peut-être mon geste personnel de recentrement, de méditation : renifler).
    Une fois de plus nous suivons des chemins plutôt semblables : je cherche aussi à retrouver la vraie valeur des choses, à prendre le temps de faire mes vêtements plutôt que de les acheter (hormis les sous-vêtements et les chaussures, j'y arrive à ce jour ! je suis très fière ^^), de cuisiner à partir des aliments bruts plutôt qu'acheter tout prêt, ou ressentir les changements de saison dans mon corps en allant marcher dehors plutôt que de fêter Beltaine le 1er mai parce que c'est marqué dans mon agenda...

    Te savoir sur ce chemin, lire cela, c'est plein de beauté et d'espoir ma Yuyu ! J'espère qu'on se verra à Andilly (je n'irai que le 1er week-end), mais j'imagine que comme d'hab on n'aura pas trop le temps de parler ^^ Peu importe, ça me ferait plaisir ! En tout cas, tout de bon à vous là-bas loin au Nord

    Par Syne • 13 mai 2014 à 15:47
  • Je reviens sur cet ancien article, ce que tu as écrit me parle beaucoup... Hier je me suis rendue à un parc pour faire une partie de mes célébrations, il était 18h et... 95% des personnes qui étaient dans ce parc étaient des joggeurs. Je voyais tous ces gens courir, faire des boucles, remonter redescendre les escaliers, dans leur tenue impeccable, Ipod accroché au bras... Se dépenser c'est génial... Mais sur le coup je me suis dit qu'il y avait comme un petit problème... Comme si l'homme cherchait à s'émanciper de la nature (avec toutes les inventions pourries, surtout en agro-alimentaire, tu m'étonnes qu'il faille courir pour rester en forme !) mais qu'au fond il ne se sentait pas plus à l'aise que ça. Je me trompe peut-être, mais pour la plupart de ces joggeurs, j'avais la nette impression que ces footings étaient une contrainte. L'homme se force à courir en tournant en rond dans des parcs ? C'était vraiment BIZARRE.

    Par Sarah L. • 10 septembre 2014 à 11:40
  • Encore une fois, je suis d'accord ^^
    C'est drôle que tu parles du jogging, parce que j'ai plusieurs fois eu la même impression à ce sujet : les gens vont courir parce qu'ils savent que ça va être bon pour leur corps, qu'ils ont besoin d'exercice, alors ils essaient d'y trouver de la satisfaction.

    Mais objectivement, je me pose aussi des questions ! Parfois j'ai envie de courir, alors je vais courir. Mais pas du tout comme un joggeur : je cours à la vitesse que je veux, généralement vite, puis je m'arrête car bien sûr je ne peux pas tenir ce rythme longtemps, ou simplement parce que j'ai vu un beau champignon.
    Je ne cours pas pour l'effort, mais par envie.

    Si notre monde n'était pas fou, aurait-on besoin de faire du jogging ? Non ! On aurait naturellement une vie active, et on ne courrait que si besoin (après un chevreuil, ou devant un bison qui charge ^^). Ou par jeu, par envie, ce qui est sain aussi. Mais courir "parce qu'il le faut", c'est assez absurde, c'est vrai.

    Notre société nous fait vraiment faire des choses étranges...

    Régulièrement, quand je marche en ville, d'un coup je me rends compte de toutes les absurdités qu'il y a autour de moi. Les vêtements ou chaussures qui font mal mais qu'on porte pour faire joli, le sport qu'on fait pour rester mince en compensant les heures inactives derrière un ordi, la frénésie de déplacement alors qu'on ne connaît même pas les espèces de la haie du voisin...
    ... et ça me donne à chaque fois envie de rire, de rire jaune, un rire triste et fort, parce que c'est vraiment absurde. Et j'en fais partie, parce que je suis née dedans. Sigh.

    Par Syne La Sauvage • 10 septembre 2014 à 12:58

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