La Voie de Gaïa

Quelques lignes d'un grimoire païen, un cheminement de lumière au milieu des papillons...


Energie urbaine et abandon de repères
15 janvier 2011

Voilà plus de sept ans que j'arpente le même quartier. Voilà plus de sept ans que, jour après jour, je traverse ces rues bordées d'arbres, allant jusqu'au bord de l'eau ou jusqu'à ce parc qui abrite bon nombre de mes souvenirs et de mes méditations. Voilà plus de sept ans aussi que ces mêmes rues m'horripilent, lorsque leur calme est troublé par une bande de petits cons montant sur les toits du gymnase pour en détruire les velux ou par une meute de kékés rugissants, alignés comme une brochette par la brigade des stups venus saisir leur coke (si si, je vous assure, c'est arrivé ce soir !). 


Ce soir, pourtant, sans crier gare, tous mes repères ont disparu. Tout ce que je connaissais s'est estompé l'espace de quelques minutes, de quelques heures. Même la notion du temps m'a parue soudain très floue.
En sortant de chez moi, à la nuit tombée, j'ai décidé de changer de route, d'emprunter des rues que d'ordinaire je ne prends jamais, à des heures auxquelles généralement je ne me balade pas. J'ai attrapé mon sac, posé mon casque sur les oreilles et suis sortie (sans mes clés... Mais ça, c'est une autre histoire. Il faudra d'ailleurs que je vous parle un jour de l'importance des clés pour moi et de leur symbolique... Bref.) D'instinct, j'ai sélectionné une playlist que d'ordinaire je n'écoute jamais, composée de morceaux pré-enregistrés qui étaient déjà sur mon téléphone à son achat...

Et me voilà en route, vers une destination ô combien habituelle, mais par des chemins encore inexplorés. Peu m'importait de tourner à gauche, à droite, de savoir si je rallongeais mon trajet ou si j'avais découvert un raccourci. J'ai simplement... Marché. Et là, tout d'un coup, tout a semblé changer autour de moi. La perception que j'ai eue des lieux, de l'espace, du temps, de la lumière... Et même de cette ambiance si particulière que je pensais connaître de ma ville s'est trouvée étonnamment différente. J'ai laissé la playlist défiler, guidée par ses sons nouveaux, ses airs tantôt entraînant, tantôt doux comme des berceuses, et j'ai adapté mon pas à ses rythmes, sans cesser d'avancer, la tête levée vers le ciel et ces bâtiments dont je ne soupçonnais même pas l'existence. L'impression était vraiment étrange : celle de me retrouver ailleurs, dans un endroit totalement inconnu, alors que j'étais à peine à 300m de chez moi. L'impression d'être seule au monde, de respirer un air nouveau, libérée de mes habituels repères.

Et puis j'ai repensé à ce livre que j'avais lu il y a plusieurs mois : "The Urban Primitive" par Raven Kaldera, dont le chapitre sur l'énergie urbaine m'avait déjà interpelée à l'époque. Et c'est là que j'ai compris. Cette énergie, là, juste là, lorsque la nuit s'installe sur les trottoirs déserts, lorsque les branches nues des arbres vibrent au courant d'air... Lorsque l'on (re)découvre cet univers quotidien qui nous est pourtant si familier d'ordinaire. C'est un peu comme si cette énergie était dégagée non pas par les gens, mais par la ville elle-même. C'est une sensation très différente, très particulière. Il semble y avoir d'un côté la ville, et de l'autre ce que les gens en font. Je crois que jusqu'à présent, je me suis toujours focalisée sur ce second volet, car je n'avais jamais été à même de ressentir ce que la ville elle-même avait à me transmettre. Lorsque je parlais de déménager à l'autre bout du monde (ce qui est toujours d'actualité), je me rappelle avoir toujours dit, depuis le début "Ici, j'en ai vraiment assez. Cette ville est super, je l'adore. Mais c'est ce sont les gens, et ce qu'ils en font qui me tue". Peut-être qu'inconsciemment, je comprenais déjà tout cela sans réellement faire le rapprochement...

Alors j'ai marché, marché, marché, pendant plusieurs heures, et j'étais... Contemplative. J'aurais très bien pu ôter mes écouteurs, me poser sur un banc et tout simplement écouter les murmures et le bourdonnement de mon quartier. Mais je crois que cet abandon de repères passait aussi par une abolition de mes repères sonores. Savoir se perdre pour redécouvrir son environnement proche, et peut être aussi se redécouvrir soi-même. Savoir sortir de ses constatations routinières et quotidiennes afin d'aborder un nouveau point de vue qui, peut-être, va tout changer.

Depuis le temps que j'arpente la voie du Paganisme, même si maintenant je crois que je n'utiliserais plus du tout ce mot pour définir ma spiritualité, j'ai souvent entendu, vu et lu des gens, qu'ils soient auteurs ou tout simplement connaissances de passage ou amis, dire qu'en ville, ils se sentaient déconnectés, qu'ils avaient besoin de la Nature pour célébrer leur spiritualité et qu'entre quatre murs au centre de leur cité, ils se sentaient totalement étouffés. Maintenant, des mois plus tard, après toutes ces constatations faites au fil du temps et ce ressenti si fort qui m'a traversé ce soir, ce genre d'affirmation me fait un peu sourire. Oui, c'est vrai, la Nature est à la base du Paganisme, elle est née dans et par les forêts, les champs, le cycle des saisons et de la Lune. C'est une croyance de la terre, c'est une croyance aux fortes racines, profondément ancrées dans nos montagnes et nos forêts. Moi aussi, je me libère souvent en m'asseyant au pied de mon arbre fétiche pour lire, écrire, jouer de la guitare ou tout simplement penser ou méditer. Moi aussi je savoure mes expéditions en pleine nature, crapahutant au mur Païen, dans les forêts toutes proches ou dans nos si belles montagnes. Au sommet d'une falaise qui domine la vallée, je me sens voler, je me sens revivre, un peu comme dans cette projection involontaire qui date maintenant de plusieurs années et que jamais je n'oublierai.

Pourtant, je crois que la Magie, de manière générale, se situe aussi ailleurs. Elle évolue, change avec ceux qui la célèbrent. Beaucoup se plaignent de ne pas habiter en campagne, de ne pas pouvoir s'évader en forêt sitôt passé le seuil de leur porte. Faut-il pour autant renier cette ville dans laquelle ils évoluent jour après jour ? Je ne crois pas. La magie urbaine (oui oui, c'est un terme qui me plaît), est une autre magie, c'est un autre langage à apprendre ou réapprendre, c'est une énergie qui a son caractère propre et qu'il faut apprivoiser au fil du temps, découvrir et célébrer tout comme nous avons appris à percer les mystères de notre magie naturelle. C'est un autre monde de pensée, une autre façon d'appréhender l'énergie et notre magie intérieure/extérieure. La ville, pour moi, est puissante, sage. A l'image des arbres séculaires, elle est la, immobile, voit passer sur son sol des milliers de gens, voit défiler des vies, change, se transforme au fil du temps. J'ai toujours été passionnée par la visualisation de lieux dans le passé : Lorsque je visite un château, lorsque je gravis les marches d'un vieil escalier ou que je traverse un terrain vague, je ne peux m'empêcher de visualiser le lieu dans lequel je me trouve avant : qu'y avait-il, avant ? Combien de gens ont déjà foulé ce sol, y ont vécu, y ont construit des choses de leurs mains ? Combien de familles ont grandi là ? Qu'est-ce que les gens ont bien pu se dire ici ?

attachmentRien qu'en l'espace de sept ans, j'ai vu mon quartier se transformer, répondre à de nouvelles attentes, grandir, évoluer. Lorsque je suis arrivée, il y avait ce vieux viaduc immense, de plus de 700m de long, que je devais traverser pour rejoindre le centre. Il était parfois inquiétant, surtout la nuit, avec ses lumières vacillantes sur les côtés, et ses murs de béton (et puis, il me rappelait Newport, Innerfire et Naraku, mais ça aussi, c'est une autre histoire XD). Pendant des années, je l'ai traversé dans les deux sens, jour après jour. Puis, récemment, à cause de la prolongation de la ligne de tramway, il a été détruit, et la ville a décidé de conserver un unique escalier, juste à côté de chez moi en "souvenir". Maintenant, il trône là, tout seul, et la nouvelle génération ne se rappellera sans doute bientôt plus de ce qu'il pouvait bien y avoir ici et à quoi pouvait bien servir cet escalier... Mais moi, je ne peux pas m'empêcher, lorsque je passe devant, d'y redessiner le prolongement du pont, ses larges voies, ses autres accès. Je le vois encore, là, très nettement, comme si, lorsque je sortirai la prochaine fois, il y sera de nouveau. Je me souviens de toutes les discussions que l'on a eues en le traversant (eh oui, la traversée était parfois longue, surtout à 3h du matin avec une couette sous le bras !), des rires, des arrêts au bord de l'eau, penchés sur la rambarde, à refaire le monde dans tous les sens. Voilà, c'est ça qu'il me rappelle, cet escalier. C'est un peu ça que je ressens lorsque j'arpente n'importe quel lieu chargé d'histoire, un peu comme si je tentais de capter les souvenirs des autres pour en refaire des images et marcher dans leurs pas.

C'est un peu une part de ma magie urbaine personnelle. C'est l'histoire commune d'une ville, ou de n'importe quel lieu, ce sont les souvenirs de ses habitants qui, mis bout à bout, forment cette espèce d'énorme énergie, tantôt douce, tantôt plus agressive, que l'on ressent, lorsque l'on prend le temps de partir à sa recherche. Ce sont la conscience et la mémoire d'un lieu, quel qu'il soit, qui se doit d'être célébré tel qu'il est. Car où que l'on aille, peu importe si l'on est au centre de la métropole ou au fin fond de la campagne, on peut être certain que la magie s'y trouve. Et sans doute constaterez-vous même que la Nature n'est pas si absente que ça, même au milieu d'une cité de béton... Il faut juste, je pense, prendre le temps de découvrir cette énergie (encore faut-il le vouloir), d'écouter ce qu'elle a à nous enseigner et à nous transmettre... Et je suis sûre qu'il y a beaucoup à faire avec elle, vraiment.

Pour la première fois depuis bien longtemps, ce soir, je me suis sentie bien chez moi, car j'ai compris.

PS : Le petit morceau à l'origine de ma perte de repères : The Super Orchestra - Lay me Down. N'hésitez pas à découvrir ce groupe, leur chanson est en téléchargement libre et gratuit sur leur site...

Crédits photo :
Image 1 : http://susty.com
Image 2 : Nemo67


Commentaires

    Cela fait bien longtemps Yuna que je n'ai pas commenté un blog de la communauté païenne mais, encore une fois, tu as sur mettre les mots justes sur des idées qui virevoltent parfois dans ma tête. Alors merci d'être là, de me rappeler que je ne suis pas seule en ville, que la Magie aussi est là.

    Par Kalaxa • 16 janvier 2011 à 08:03
  • Salut Kalaxa,

    Je suis ravie que mes mots fassent écho en toi et, par la même occasion, d'avoir quelques nouvelles

    J'espère que tu vas bien !

    Bises

    Par Yuna Minhaï • 16 janvier 2011 à 10:25
  • Aah, oui, la ville et son énergie si ... particulière. Surtout que je qualifierai celle de Strasbourg d' "accueillante", en faite (une balade en ville, dans les rues vidée de monde, au hasard des pas, pour oublier qu'un instant avant on paniquait - et soudain tout s'apaise - c'est une magie qui, pour moi, m'a aussi un peu fait tenir à ce moment là).

    Et je voulais écrire quelque chose sur la ville et ses énergies, tu le fais admirablement, en tout cas, y'a pas à dire <3 !

    Par Khlada • 16 janvier 2011 à 12:23
  • Merci! Quelqu'un qui voit la nature en ville! :p Même si celle ci est plus subtile, moins "brute", si l'on est assez réceptif, on peut la sentir.

    Merci pour cet article qui pourra peut être motiver les gens à s'ouvrir en ville, et non pas à juste se bloquer.

    Par Huath • 16 janvier 2011 à 15:07
  • ah que c beau .

    souvent, j'aime regarder les oiseaux dans les buissons, les arbres ...
    c vrai que c particulier. Strasbourg est devenu un chez moi. j'en découvre les parcs et j'aime ^^.

    biz.

    Par anju • 16 janvier 2011 à 22:11
  • Khlada > Oui elle est relativement accueillante, c'est vrai. C'est sans doute en partie pour ça que j'ai beaucoup de mal à la quitter... En tout cas son énergie est vraiment forte, très très ancrée, je pense qu'il y a beaucoup à faire avec elle.

    Huath > Justement, je crois qu'elle a un intérêt tout particulier à être plus subtile qu'en campagne ou en forêt... Dans la préface de mon (futur) roman, j'écrivais à propos de la cité très sombre dans laquelle l'aventure se déroule : "Comment apprécier l’aube dans un monde déjà irradié de lumière ? Comment apprécier l’espoir alors que l’on a déjà tout ce dont on a besoin ?[...]". Je crois que la Nature en ville, c'est un peu ça : c'est savoir faire attention à l'importance de quelque chose qui ne foisonne pas forcément, qui est là, par touches discrètes, et peut être aussi, du coup, savoir mieux l'apprécier que si on y baignait à 360°... Bien sûr, les deux univers ont leur avantage, mais je trouve vraiment magnifique la nature urbaine... En tout cas je pense que je vais continuer à réfléchir à tout ça, car je sens que ma voie va dans ce sens, et aussi à poster ici quelques réflexions à ce propos

    Anju > Justement, l'énergie urbaine ne se limite pas qu'à la nature et aux parcs ! *Tout* en ville est énergie, il suffit de se poser et d'apprendre à la ressentir

    Par Yuna Minhaï • 17 janvier 2011 à 19:06
  • Ah !

    Ca faisait longtemps que je désespérais sur le sujet, et tu es la première qui l'aborde !! Ca me rappelle qu'on avait prévu de bosser sur le sujet pour un potentiel numéro d'Altar. J'ai un article avec des pistes de réflexion prévu justement... Ca me fait plaisir de lire quelqu'un sur le sujet ! Ca faisait 3 ans que j'habitais dans une nouvelle ville, et une vraie ville pas comme chez mes parents, et j'ai donc pu observer et sentir à loisir. Maintenant je suis sur Paris donc c'est encore "pire"... Je crois vraiment qu'il y a énormément à creuser sur le sujet. Je suis contente de ne pas être la seule à penser qu'on peut tirer beaucoup de chose du milieu urbain (et pour c'est chamanisme urbain )

    Par Valiel • 19 janvier 2011 à 19:19
  • Salut Valiel,

    Ca fait plaisir de te lire, ça faisait longtemps. Oui, je pense aussi qu'il y a énormément à en dire et à en tirer, on n'est qu'au début. C'est dommage que la ville soit si souvent "diabolisée" par une majorité d'entre nous, car elle cache de nombreux trésors... Je pense que dans les prochains temps, je vais continuer à publier quelques articles sur le sujet, et me replonger dans le livre de Kaldera, notamment.

    Merci de ton commentaire, bises !

    Par Yuna Minhaï • 20 janvier 2011 à 08:57
  • En passant, ça t'intéressera peut-être, j'ai trouvé un autre livre sur la magie urbaine :

    http://www.amazon.fr/City-Magick-Rituals-Spells-Shamanism/dp/1578632064/ref=wl_it_dp_o?ie=UTF8&coliid=IKLI7UZ2VGPAR&colid=1C6K5KU8N48VH

    City Magick: Urban Rituals, Spells, and Shamanism de Christopher Penczak

    Par Khlada • 22 janvier 2011 à 10:47
  • Forcément, c'est une thématique qui me touche également Et je vois tout à fait à quel type d'énergie tu fais référence ! Pour ma part, je ressens toujours ce tiraillement entre la vie urbaine et l'appel de la ruralité. Je sais que trouver un compromis sera difficile, car j'aurais sans doute toujours du mal à vivre loin de la cité. On verra bien ... Ma réflexion sur le sujet n'est pas prête de se tarir.

    Un petit lien vers un article (en anglais) que j'aurais pu écrire, et qui te parlera peut-être aussi : http://therioshamanism.com/2010/02/13/sustainable-urban-pagan-life/

    Bises !

    Par Eilean • 26 janvier 2011 à 13:36
  • Khlada > Merci pour la référence ^^ Je vais voir ce que ça vaut

    Eilean > Côté compromis il faut dire qu'on a quand même la chance de vivre près de magnifiques montagnes et de lieux sacrés, tout en étant en ville... Et merci pour le lien

    Par Yuna Minhaï • 01 février 2011 à 08:54
  • C'est un peu tard que je poste ici (mais j'ai enfin un ordi), mais j'ai lu ton article dès sa sortie et il m'a beaucoup touché.

    Ce que tu dis sur les énergies urbaines est très vrai et il serait dommage de passer à côté. Je commence à peine à toucher du doigt celles de Strasbourg que je trouve très marquée par le vent (surtout sur les quais et vers Rivetoile). Par contre, j'aimais beaucoup me plonger dans les énergies de Toulouse dont je ressens la lumière présente même par un jour gris et pluvieux.
    Chaque ville a son énergie et son atmosphère et je pense que l'on peut travailler avec "as wellé".

    Par Lucy Dreams • 13 février 2011 à 11:04
  • Urban chaman

    Ton texte est joli, il décrit la première partie du "descillement" : la sortie de la vision ordinaire pour commencer à entrer dans une conscience énergétique et intuitive cellulaire.
    En clair : la pilule bleue que prend Néo dans Matrix! Il ne s'agit pas de prendre des drogues mais d'entrer dans une autre perception, qui rend les choses "habitées" par une vraie vie, des pensées et des aspirations. La Magie est l'art de voir et dentendre le sens symbolique et concret de la vie quelque soit le support qu'Elle prend, parfois, la Vie utilise le beton pour s'exprimer. moi j'aime être une urban chamane et me laisser guider par la beauté des villes. J'ai tellement marché et j'aime encore ça! Lila

    Par Lila • 23 février 2011 à 17:36
  • Bonjour Lila,

    Merci pour ton commentaire, ô combien juste ! Je retiendrai notamment "la Magie est l'art de voir et d'entendre le sens symbolique et concret de la vie, quel que soit le support qu'Elle prend", c'est quelque chose qui me parle énormément.

    Merci de ta visite et au plaisir de te recroiser bientôt,
    Yuna

    Par Yuna Minhaï • 28 février 2011 à 17:42
  • Uni-vers

    J'ai un blog, il n'y a qu'à suivre le nom Lila, dans la lumière : wwww.lilaluz.net

    Par lila • 01 mars 2011 à 12:26
  • Très bel Article qui me parle bcp.
    Un grand Merci !

    Par Ecole Médium • 03 avril 2011 à 15:57
  • De rien, au plaisir !

    Par Yuna Minhaï • 03 avril 2011 à 16:22

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